le journal du tango

Tous droits réservés, TANGOZOOM.CA, décembre 2009


La naissance du tango argentin remonte à la seconde moitié du XIXe siècle dans la région du Rio de la Plata. Ce fleuve sépare l’Argentine de l’Uruguay.

 

Alors qu’aujourd’hui nous parlons constamment de rencontres de cultures et d’interaction entre les peuples, le tango argentin représente un très bel exemple d’une manifestation culturelle dont les racines puisent indifféremment dans les cultures européenne et africaine. En effet, la naissance du tango argentin est indissociable d’une autre naissance, celle de la ville de Buenos Aires. À la fin du XIXe siècle, cette ville connaît une importante croissance démographique attribuable à l’arrivée d’immigrants principalement en provenance d’Italie, mais aussi d’Espagne, d’Allemagne et d’Europe centrale. Sa population passe à plus d’un million au tout début du XXe siècle.


Dans cette Tour de Babel où règne la plus grande promiscuité, une population composée d’immigrés et de paysans originaires du pays, « les criollos », vit entassée dans un territoire lourdement imprégné de son atmosphère portuaire.


ORIGINE DU MOT TANGO
D’où vient précisément le tango et quelle est l’origine de ce mot ? Les historiens ne s’accordent pas vraiment sur le sujet et des explications diverses circulent. Ce qui est certain, c’est que ses sources sont multiples. Nous savons que la habanera, cette forme musicale espagnole qu’on trouve par exemple dans Carmen, opéra bien connu de Bizet, circule au milieu du XIXe siècle chez les marins fréquentant Buenos Aires en Argentine et Montevideo en Uruguay. À cet apport, il faut ajouter celui de l’Espagne, avec un type de chanson populaire andalou appelé tango. Enfin, mentionnons le rythme du candombe apporté par les noirs d’Afrique.


Cette fusion aboutit à un premier genre, la milonga, considérée commel’ancêtre du tango. La milonga est une forme musicale rapide influencée par le candombé des Africains, mais, là est la nouveauté, elle s’interprète en couple. Elle conquiert rapidement les milieux populaires de Buenos Aires.

 

UNE DANSE DE LUPANARS
Le premier tango né dans le milieu portuaire du Rio de la Plata s’appelle Dame la lata, littéralement « Donne-moi le jeton ». Il fait allusion au jeton que la tenancière d’un lupanar remettait aux filles pour chaque client. En effet, le tango, danse où les partenaires sont très collés l’un sur l’autre, a d’abord fleuri dans les faubourgs et les bas-fonds de Buenos Aires et de Montevideo. D’abord dansé par les hommes entre eux, dans des villes où l’immigré masculin arrive habituellement seul, il est rapidement adopté par les prostituées des bordels. Dans un tel contexte de misère sociale, le tango est d’abord une danse du bas peuple.


ACQUISITION DE SES LETTRES DE NOBLESSE
Au tout début du XXe siècle, les premiers musiciens de tango débarquent à Paris afin de graver les matrices de leur musique, chose rare en Argentine à cette époque. De cette façon, les Parisiens apprennent à connaître cette nouvelle musique dont ils s’entichent très rapidement. On assiste dès 1913 à une véritable tangomanie. Cette popularité du tango contribue d’une part à l’internationaliser et, d’autre part, à lui conférer des lettres de noblesse. Car, il ne faut pas l’oublier, la bourgeoisie le voyait jusque-là d’un très mauvais oeil et tardait à l’adopter.


LE BANDONEON, UN PERSONNAGE
La musique de tango est indissociable du bandoneon, instrument d’origine allemande, qui s’impose à partir de 1908. Capable de produire des modulations presque aussi nombreuses que la voix humaine, il joue dans l’orchestre de tango le même rôle que le saxophone dans l’orchestre de jazz. Rapidement, les poètes du tango en font un véritable personnage capable d’exprimer des sentiments humains.


LES ORCHESTRES
Dans les années 1910, la formation la plus représentative de l’orchestre de tango, l’orquesta tipica, apparaît. Dans sa forme la plus répandue, cette formation combine bandoneon et instruments à corde, responsables de la ligne mélodique, alors que le piano et la contrebasse marquent le rythme binaire.Avec le temps, le nombre de participants à l’orchestre tendra à augmenter. L’orquesta tipica vise une seule clientèle, celle des danseurs. C’est à cette époque que Roberto Firpo, responsable de l’introduction du piano dans cette formation, crée le tango bien connu La Cumparsita composé à Montevideo, Uruguay, en 1917.


LES CHANTEURS
Bien sûr, quand on parle tango et chant, la première image qui nous vient à l’esprit est celle de Calos Gardel, étoile scintillante dans le firmament du tango chanté. Mais il faut se rappeler que les premiers tangos ne sont pas chantés. C’est en 1924, après que Manuel Pizarro ait tenté l’expérience à Paris, que Francisco Canaro fait chanter quelques strophes pendant un tango. Le succès de cette innovation annonce l’importance de plus en plus grande du chanteur.
Il en vient, dans les années 1950, à dominer l’orchestre et ses instruments. En plus de celui de Gardel, bien des noms ont gagné la ferveur du public. Il s’agit, de façon générale, de voix masculines. Mentionnons notamment Edmundo Rivero, Raul Beron, Jorge Casal, Fiorentino, Floreal Ruiz, Aldo Caldero, Alberto Marino et Roberto Goyeneche.


DÉCLIN ET RENAISSANCE
La mode du tango décline dans les années 1930 en Argentine mais revient au premier plan sous le gouvernement de Juan Peron, alors qu’il devient l’objet d’un culte national. Evita Peron prend plaisir à le pratiquer. Avec l’ère du Swing et du Rock’n Roll, la mode du tango subit un nouveau déclin jusqu’à ce que, dans les années 1980, la présentation du spectacle Tango Argentino à Paris et de la comédie musicale Forever Tango sur Broadway à New York lui donne un élan sur lequel il poursuit encore aujourd’hui sa course.


POUR CONCLURE…
Le poète Enrique Santos Discëpolo a dit du tango qu’il est une pensée triste qui se danse. Le monde du tango est en effet un monde triste. C’est celui de tous les immigrants ayant quitté leur terre natale, celui de tous ceux qui, arrivés dans une nouvelle terre d’accueil, doivent lutter pour gagner leur pain, c’est celui de l’amour et de la désillusion, de la fin de d’un moment heureux, et finalement, celui de toutes les destinées humaines. Voilà pourquoi le tango demeure, pour un court moment pendant lequel on le danse, un instant d’oubli, la rencontre de deux êtres, d’un frère et d’une soeur de ce monde.


LE TANGO ET SON HISTOIRE

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